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Timon d'Athènes

Timon d'Athènes

William Shakespeare / De Roovers
24 - 28.01.2017

Fiche pédagogique

La compagnie De Roovers a été fondée en 1994 par quatre acteurs diplômés du Conservatoire d’Anvers. Ils choisissent des textes de théâtre en lien avec notre société, qui apportent sur celle-ci un regard singulier, différent de celui véhiculé par les médias. Le collectif a choisi de mettre en scène un « Cycle du Dollar », une trilogie sur la crise financière dont Timon d’Athènes constitue le premier volet. Dans cette oeuvre de Shakespeare, Timon, riche citoyen d’Athènes, vit entouré d’amis qui apprécient ses fêtes, ses dîners et ses cadeaux. Quand ses coffres sont vides et les créanciers à sa porte, aucun de ses amis n’accepte de l’aider. Plongeant dans un désenchantement amer et une haine des êtres humains, Timon se retire dans les bois où il couve des projets de vengeance. Parabole sur l’influence de l’argent, le spectacle adopte un ton rythmé, léger et teinté d’humour, telle une invitation ludique à s’interroger sur les manières de résister au système.

Du côté du fond

Dans le travail de la compagnie de Roovers, le texte détermine la formeTimon d’Athènes est une oeuvre plus brute, moins ciselée que d’autres pièces de Shakespeare et cet aspect se retrouve dans la forme du spectacle.
 
La gravité du sujet dont traite la pièce est contrebalancée par la légèreté et l’humour. Le jeu des acteurs est très coloré, comique, les signes sont très clairs, parfois grotesques.
 
Une certaine distance existe vis-à-vis des personnages : les acteurs  reconnaissent la présence du public et parfois s’adressent à lui directement. Ainsi peut affleurer une ironie complice, tel un clin d’oeil envoyé aux spectateurs.
 
Il y a une vingtaine de rôles interprétés par six comédiens ce qui entraîne des changements rapides de costumes, un rythme soutenu.
 
Le décor est très simple, reposant entre autres sur un grand lustre évoquant le faste et la richesse de Timon d’Athènes dans la première partie du spectacle. Dans la seconde partie, une bâche en plastique sépare la ville d’ Athènes du monde des bois où le personnage devenu misanthrope décide de se retirer.

Du côté de la forme

Le rôle de l’argent

La trilogie imaginée par la compagnie de Roovers s’appelle « Le Cycle du Dollar » et vise à traiter du rôle de l’argent. Timon d’Athènes en constitue le premier volet et nous questionne sur l’importance de l’argent dans les rapports humains. Une caractéristique de ce personnage est qu’il vit les deux situations extrêmes : dans un premier temps il est très riche, ensuite il ne lui reste plus rien de sa fortune. Le deuxième volet de la trilogie sera Les Gens déraisonnables sont en voie de disparition de Peter Hanke qui dépeint une assemblée de chefs d’entreprise, au coeur du monde des rivalités économiques. Finalement le dernier volet, Le marchand de glace est passé d’Eugene O’Neill montre les clients d’un saloon tentant d’oublier leur existence après avoir tout perdu. Ces différents spectacles offrent des points de vue différents sur l’argent. Quel est l’impact de l’argent sur nos vies ? Pourriez-vous citer différents domaines où son impact est immense ? Y a-t-il des domaines qui échappent à son emprise ? Si oui, lesquels et pourquoi ? L’argent influence-t-il nos relations ? Si oui, de quelle(s) manière(s) ? Comment nous change-t-il quand il vient à manquer ou quand on en a énormément ? Influence-t-il le regard que nous portons sur les autres ? Si oui, de quelle(s) manière(s) ?

La méritocratie en question

Le rêve américain qui imprègne nos sociétés est basé sur l’idée de la méritocratie et de la responsabilité individuelle : chacun peut réussir sa vie grâce à ses efforts. Celui qui échoue devient un « looser » et c’est de sa propre faute. Dans Timon d’Athènes, le personnage central est très riche puis il perd tout. Les acteurs de la compagnie De Roovers ont fait le parallèle avec la crise financière actuelle et ses retombées économiques sur la vie quotidienne des citoyens, singulièrement sur la population grecque. Frappée de plein fouet, cette population subit des mesures économiques draconiennes. Certains voient leur qualité de vie baisser de manière drastique, d’autres doivent soudainement demander de l’aide pour subvenir à leurs besoins de base. Dans ces vies qui basculent, où l’argent manque tout à coup, quelle responsabilité ont les individus ? Que pensez-vous de l’idée selon laquelle les efforts sont la clé de la réussite ? Voyez-vous d’autres paramètres qui peuvent jouer un rôle ? Si oui, lesquels ?

Se positionner face au système

Quand Timon d’Athènes constate que ses amis, qui ont profité de ses fêtes et de ses cadeaux, refusent de l’aider quand il n’a plus d’argent, il entre dans une haine des êtres humains, une misanthropie féroce. Il dénonce dans ses invectives la trahison et l’ingratitude. Il quitte Athènes pour vivre au milieu des bois où il trouve de l’or mais il n’en veut pas : désormais, il ne veut plus être riche, la richesse étant devenue à ses yeux une route vers l’enfer. Sa position est radicale et irréversible. Cette voie du rejet total du système résonne comme un cri du cœur, animé par un désir de démolition globale. Il s’agit là d’un modèle de réaction qui permet de nous interroger sur notre manière de vivre, nous fait réfléchir aux autres options possibles. Quelle est votre sensation par rapport au système dans lequel nous vivons ? Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous qu’il faille le modifier ? Est-ce possible ? Si oui, de quelle(s) manière(s) ? Est-il possible de s’organiser autrement, de vivre en dehors du système ?

Timon d’Athènes, personnage étonnant

Timon d’Athènes dit « Timon le Misanthrope » est une figure mythique de la misanthropie qui aurait vécu au Vème siècle avant J.-C. à l’époque de la Grèce Antique. Ayant perdu sa fortune, l’ingratitude de ses anciens amis lui aurait fait prendre en aversion tous les humains et il se serait retiré dans la solitude. Sa vie nous est racontée par Plutarque dans un passage de la Vie d’Antoine et par Lucien de Samosate dans Timon ou le misanthrope. Ces deux œuvres ont très probablement inspiré le personnage central de la pièce Timon d’Athènes de Shakespeare. Cette figure qui a traversé les siècles est étonnante par son retournement total d’attitude : il passe du statut de généreux philanthrope à celui d’ermite misanthrope. Timon se transforme en son propre contraire et il peut être intéressant de scruter les mobiles de sa conduite. Avez-vous déjà éprouvé la sensation d’être trahi ? Si oui, quelles émotions cette expérience a-t-elle suscitées? Comment avez-vous réagi ? Que conseilleriez-vous de faire en pareille situation ? Se peut-il que l’extrême générosité du personnage dans la première partie explique sa haine extrême ensuite ?

Echanges & ateliers

En introduction
 
Entre le 16 et le 27 janvier 2017, Patricia Balletti peut venir dans vos locaux pendant 50 minutes en journée présenter la fiche pédagogique.
 
En introduction ou en prolongement
Promotion Théâtre asbl (www.promotion-theatre.org) propose :
 
Les mercredi 25, jeudi 26 et vendredi 27 janvier 2017 en journée, une rencontre de 50 min avec l’équipe artistique .
 
Entre le 25 janvier et le 3 février 2017, un atelier de 2x50 minutes basé sur la distance entre l’acteur, son personnage et la présence du public. Cet atelier peut avoir lieu en journée, en classe ou au théâtre. Barbara Sylvain l’animera. comédienne et metteuse en scène formée à Lassaad, elle donne depuis dix ans des ateliers et des formations dans le cadre des actions pédagogiques du CDWEJ pour l’introduction du théâtre dans les écoles