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Dress Code

Dress Code

Julien Carlier
17 - 21.11.2020

Fiche pédagogique

À 20h30 sauf les mercredis à 19h15.
Ce spectacle s'adresse à tou·te·s dès 12 ans.

Du côté du fond

LE BREAKDANCE

Le breakdance voit le jour dans les années 70, dans les rues de New York, mais prend rapidement son envol sur la scène, notamment lors de concerts de rap. Il se caractérise par des mouvements de corps saccadés, un aspect acrobatique et des figures au sol. La frontière entre discipline artistique ou pratique sportive est très mince, tout dépend du regard que l’on pose sur lui. Le breakdance fera d'ailleurs son entrée aux JO de Paris en 2024.

Le terme break vient du DJ Kool Herc qui utilisait les breaks de ses disques – c’est-à-dire les passages où tous les éléments d’une chanson, à l’exception des percussions, disparaissent – pour chauffer la piste en les faisant tourner en boucle. Les origines du breakdance sont multiples : les arts martiaux, la capoeira, les danses traditionnelles cosaques, la salsa, certaines danses africaines… Un·e danseur·se de breakdance est appelé breakdancer, Bboy (ou b-boy) pour un homme, Bgirl (ou b-girl) pour une femme. En général, chaque danseur·se fait partie d’un crew, avec un nom d’équipe approprié.

Issue des quartiers défavorisés du Bronx, cette danse a conservé un certain esprit du gang : ainsi, les crews se défient souvent les uns les autres – ce que l’on appelle un battle –, se font face et effectuent des passages successifs. Le vainqueur est choisi par le public ou à l’applaudimètre. Très vite des défis officiels jugés par des arbitres ont été organisés, comme la compétition internationale Battle of the Year.

Julien Carlier découvre la danse à 16 ans via la pratique du breakdance lors de cours donnés au Pianofabriek. Titulaire d’un master en kinésithérapie à l’ULB, il s’intéresse à la chorégraphie, suit des formations à Bruxelles et Paris et vit ses premières expériences scéniques à travers des échanges artistiques interdisciplinaires, puis des projets conçus et créés en collectif. Julien s’intéresse à la danse et à la création artistique de manière large. Bien que le breakdance soit sa discipline de base, il ne veut pas être vu uniquement sous ce prisme du danseur hip-hop et aime cultiver cet « entre-deux ». À travers sa danse d’origine, il cherche son propre vocabulaire, tout en continuant de s’imprégner d’autres univers artistiques. C’est fort de cette expérience qu’il revient aujourd’hui à la discipline de ces débuts, tout en gardant un regard plus distant. 

Avez-vous déjà vu des battles de breakdance ? Si oui, qu’en pensez-vous ? Si non, quelle(s) image(s) en avez-vous ?

LA REPRÉSENTATION DE SOI

Julien Carlier veut questionner la pratique du breakdance, montrer le vécu des danseur·se·s, les faire témoigner. Le public connait le breakdance pour sa prouesse technique et ses battles mais ne sait rien de sa « face cachée », des étapes et efforts endurés par les interprètes pour s’y préparer.  Le chorégraphe veut mettre en avant le/la pratiquant·e face à sa pratique, sans pour autant être didactique ou sensationnel. Sa volonté n’est pas de casser les codes, mais de les décortiquer, rendre le breakdance transparent pour mettre en valeur ce qui se joue chez les danseur·se·s.

Plus que dans les autres danses, le breakdancer a besoin de se différencier des autres. Les figures et les pas existent mais chaque danseur·se doit développer sa propre recherche de mouvements, son propre style. C’est grâce à ses spécificités qu’il sera ensuite reconnu et sélectionné pour faire partie d’un crew. Dans ce temps de représentation que constituent les battles, l’enjeu pour les danseur·se·s est d’être vrai·e·s face au public et d’oser s’exposer aux regards. Chaque séquence est une tentative de dépassement, pour être le ou la meilleur·e, et une quête d’approbation de la part des membres de la communauté du breakdance. Le titre du spectacle, Dress Code, est une métaphore de l’ensemble des règles de mise en scène de soi qu’il faut respecter pour appartenir à cette communauté.

Dans le spectacle, la question du regard est très importante. Généralement, dans les battles, le public assiste à un face-à-face entre deux groupes de danseur·se·s. Ici, on ouvre le vase clos : le public se retrouve face aux breakdancers, ce qui crée irrémédiablement un rapport entre eux, une rencontre. Ce regard peut traduire une sorte de défi, d’exposition. Peu à peu, le concret de la scène fait place à l’imaginaire, le témoignage, les souvenirs, l’intime… Quel est l’enjeu à l’œuvre dans leur rapport à la mise en scène de leurs prouesses techniques ? D’où vient cette persévérance qui les pousse à se faire violence pour atteindre la virtuosité ? Où puiser cette motivation, où trouver un appui pour tenir jusqu’au bout ?... Il ne s’agit pas que d’un show.

La “représentation de soi” est une notion qui n’existe que dans les arts ? Avez-vous parfois l’impression d’être en représentation ? À quelles occasions ?
L’image que l’on a de nous-même et celle que perçoivent les autres sont-elles les mêmes ? Pourquoi ?
Pensez-vous que notre société soit régie par des codes d’appartenance ? Si oui lesquels ?

Du côté de la forme

DU COLLECTIF À L’INDIVIDU

Le projet Dress code voit le jour en février 2018, lors du premier projet Labos[1], organisé par la compagnie Abis[2], sur les pratiques du breakdance et son essence-même. La performance, initialement prévue comme un one shot in situ, s’est transformée progressivement, de représentation en représentation jusqu’à celle, en mai 2019, sur la Grand-Place de Mons, pour le festival « Tout Mons danse » et lors de laquelle l’équipe de quatre breakdancers – qui n’avaient aucune expérience professionnelle dans le milieu de la danse – est passée à six en incluant deux nouveaux danseurs professionnels. Cette expérience montoise a donné un second souffle au projet et permet aujourd’hui la création de sa version finale avec six danseur·se·s : Bboys Shane, Seizart, Tuk, Néo, Feeds et Bgirl Bliss. Dress code s’inscrit donc dans une démarche basée sur la formation et la professionnalisation des danseurs Hip Hop belges à la création artistique. 

Le breakdance est à la fois une pratique collective en crew – où la force du groupe est autant un soutien qu’une pression – et une pratique individuelle puisqu’il s’agit de se démarquer des autres en assumant sa « patte ». La chorégraphie rend compte de ces dynamiques en alternant des mouvements d’ensemble, de cohésion, et des solos plus introspectifs et propres à chaque danseur·se.


[1] Laboratoire de recherche chorégraphique ayant pour but de réunir, lors de résidences, des danseur·se·s et artistes de diverses disciplines, de dialoguer et d’échanger autour de thématiques communes.

[2] Compagnie de Julien Carlier.

L’ENTRAINEMENT, UN RITUEL ?

Le breakdance est essentiellement constitué de séquences courtes, souvent éprouvantes qui sont parfois répétées jusqu’à l’épuisement. La pratique pure et dure du breakdance compétitif est assez violente. Cette danse blesse et transforme le corps à l’instar de la pratique d’un sport de haut niveau. 

Dans le spectacle, la répétition des mouvements renvoie à l’entrainement et convoque irrémédiablement la fatigue, les blessures, l’abnégation…  La chorégraphie possède une dimension rituelle dans ses étapes successives, par les gestes précis et la présence des danseur·se·s qui investissent l’espace scénique. Elle amène les interprètes jusqu’à l’épuisement. Le corps et les différents états qu’il peut rencontrer (fatigue, stress, endurance…) sont au cœur de la recherche des mouvements.

Echanges & ateliers

Julien Carlier propose une rencontre de 50 min dans vos locaux et en amont de la venue à la représentation. Il vous racontera son parcours et le processus de création de la pièce depuis la rencontre avec les danseur·se·s.

Des ateliers pratiques de 2x50 min sont également possibles pour travailler la présence et la mise en scène de son corps sur scène et plonger dans le vocabulaire de la pièce.

Ces rendez-vous peuvent avoir lieu du 26 au 31 octobre (en journée) et du 19 au 21 novembre (en matinée).